Journal d'une batave en France

Entre mes déboires et mes rêves.

23 février 2009

L'accent.

Je parle le français avec un accent. Vous vous en doutiez. Ou, plus probable, vous ne vous êtes pas posés la question. Car sur le blog je ne parle pas, et vous ne m'entendez pas. Sur le blog "on est tous égaux", mais non, non, non, je ne vais pas partir sur ce chemin de discussion-là.

Alors quand je parle le français, j'ai un accent. Ce qui est le plus ennuyeux, cet accent je ne l'entends pas. Quand je suis arrivée en France il y a quatorze ans, j'avais un accent bien plus prononcé. Et je n'entendais pas la différence entre ma façon de parler et les accents des vrais français. Je n'arrivais même pas à entendre les différents accents des régions de France, enfin, sauf Bernard Laporte bien-sûr. Tout ça se travaille. (si, si, Mlle Birkin!) Aujourd'hui j'entends la plupart des accents, sauf les accents légers. Mon propre accent est devenu moindre, ce qui reste, je n'arrive pas à le distinguer, alors je ne peux pas le corriger. Il paraît que je prononce chaque mot à part (presque) comme il faut, mais que c'est dans l'accent dans la phrase qu'il y a une différence.

Alors, pourquoi voudrais-je corriger mon accent? La reponse est simple pour moi, sûrement inconnu pour vous.

Un accent peut être charmant. Oui, ça marche souvent bien pour draguer: "vous avez un petit accent, d'où venez-vous?" c'est bien mieux qu'un "je t'ai déjà vu quelque part", phrase qu'on me sortait en Hollande. (notez aussi que le vouvoiement des français est aussi bien plus agréable que le tutoiement des hollandais!) Les clients de la société où je travaillais dans la région Lyonnaise, que j'avais seulement au téléphone, étaient souvent charmés, voulaient même me fixer des rendez-vous galants, sans m'avoir vu auparavant!

Voilà pour le côté positif de l'accent. Côté, bien entendu, non négligeable, surtout quand on sait que j'adore me faire draguer, car d'habitude c'est toujours moi qui drague...

Le côté négatif est le suivant. Comme je parle avec un accent, les gens pensent souvent que je suis bête et que je ne comprends pas ce qu'on me dit. Vous avez tous déjà eu cet expérience je parie. Un souci avec l'ordinateur et le gars au help-desk est en Inde, il parle le français, mais avec un bel accent... vous pensez déjà à racheter une autre machine plutôt que de rester des heures à essayer de se faire comprendre. Pire encore, vous arrivez aux urgences pédiatriques avec votre nourrisson qui est tout enflé et plein de boutons, le médecin qui est de garde a un gros accent roumain... c'est le cas dans ma ville.

Je dois vous avouer quelque chose. Aux premières phrases que j'ai échangées avec ce médecin, moi aussi je commençais à me douter de ses compétences. Seulement car il parle avec un accent. Comme j'ai eu un peu de pathologie lors de mes études, j'ai pu lui sortir quelques termes techniques, nous avons bien échangés et j'ai rapidement oublié un quelconque lien entre l'accent et les compétences du médecin. Mais pas tout le monde peut faire abstraction de ce préjugé, même après avoir échangé un peu avec la personne porteuse d'accent.

Quand j'habitais encore dans la région Lyonnaise, il y avait une fuite d'eau dans mon immeuble. L'eau ruisselait le long du mur dans un appartement au deuxième étage, pour déscendre via l'appartement du premier vers le hall d'entrée. Moi j'étais au cinquième, suffisamment haut pour ne pas être embêtée. La dame du deuxième étage l'était, et elle ne manquait pas une occasion de m'en parler, me soufflant son haleine fortement alcoolisée dans le visage. La fuite était dans le mur derrière les toilettes, où passaient les tuyaux d'arrivée d'eau. Ces tuyaux étaient accessibles par l'ouverture d'une trappe dans le mur de chaque appartement.

Un jour ladite dame est arrivée je ne sais comment sur mon palier et s'est invitée dans mon appartement, car elle voulait voir ma salle de bains puis mon cabinet de toilettes. Moi, je lui expliquais que l'eau venait sûrement d'une fuite d'un tuyau dans l'appartement du troisième, où vivait une personne qui ne voulait pas ouvrir les messieurs du syndic pour constater les dégâts. Mais elle insistait, voulait voir chez moi, bref, pour vite en finir je l'ai laissé rentrer, je montre tout, "au revoir madame".

Non, non, elle voulait que j'ouvre la trappe dans les toilettes, "vous savez il y a une trappe dans les toilettes, une  t r a p p e, vous savez c'est une planche dans le mur qui peut s'ouvrir, avec un bouton, vous connaissez peut-être pas, je vais vous montrer....."

Normalement j'essaie de ne pas être méchante avec les gens. J'essaie de les éviter, mais pas être méchante. Mais là, je n'ai pas pu me retenir. Et je lui dis: "je parle peut-être avec un accent, mais je crois que j'ai fait plus d'études que vous, pour savoir ce que c'est une trappe."

Et paf.

Posté par cbatave à 17:28 - Je me souviens... - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


22 octobre 2008

Ma maman

10 avril 2004
samedi de Pâques
ma maman est mourante
et elle me demande
si j'ai eu une enfance heureuse

...

4 avril 2004
je fais deuxième dans un marathon en France.
Je suis euphorique
je téléphone mes parents à peine la ligne d'arrivée franchi.
Mes parents n'ont jamais beaucoup compris de la joie du sport
de ce que je peux éprouver
un jour comme celui-ci.

Mon papa me passe ma maman
entre les complications de son cancer
elle a un oedème dans le cerveau.
De temps en temps elle me comprend
pour ensuite me demander qu'est-ce qu'elle fait dans ce lit dans le salon.
Cependant je pense qu'elle a compris que j'ai battu ma rivale de toujours
bien battu de cinq minutes.

5 avril 2004
mon frère m'appelle au travail
il faut rentrer tout de suite
je ne réfléchis pas, je prends le train
voyage bizarre

J'y étais deux semaines auparavant
la voir à l'hôpital
m'entraîner là bas pour ce marathon
dans ce quartier où j'ai passé mon enfance
séjour bizarre
noir et blanc.

Puis elle a arrêté tous les traitements
Elle m'a l'annoncé comme ça
au téléphone
je me vois encore
téléphoner dans le hall d'un centre commercial
pour ne pas passer ces coups de fil sur mon lieu de travail.

Alors je rentre au Pays-Bas
mes frères sont revenus aussi
on se familiarise avec la pompe à morphine
et on la veille à tour de role
les nuits
dans le noir
je lutte contre le sommeil qui vient
souvenir imprimé à jamais.

Elle me demande si j'ai eu une enfance heureuse.

On était quatre enfants
deux filles, deux garçons.
Ma maman venait d'une grande famille riche et bourgeoise.
Chez elle, il y avait du personnel pour élever les onze enfants,
du personnel pour cuisiner et le ménage.
Sa maman ne montrait pas beaucoup d'affection pour ses enfants
et les garçons étaient plus importants que les filles.

Alors ma maman a copié un peu ce modèle.
Elle ne nous câlinait jamais,
on faisait très peu de choses en famille
et on pouvait faire ce qu'on voulait hors de la maison.
Etait-ce pour qu'elle fût tranquille ?

Les après-midis je traînais en ville
ou bien à la patinoire, à la piscine, ou au club de hockey (sur gazon)
seule, avec mes frères ou avec des copains.
C'est le rêve pour un ado
d'avoir la liberté
mais quand tu as cette liberté, est-ce encore le rêve ?

Dans les yeux de ma maman, mes frères étaient plus importants que ma soeur et moi.
Bizarrement, car elle en avait souffert quand elle était enfant elle-même.
Je me souviens un Noël
je lui avais offert un disque de Tracy Chapman
et elle dit en regardant mon frère
"merci beaucoup Serge"
voilà pourquoi je ne peux plus entendre Tracy Chapman.

Le 10 avril 2004
c'est samedi de Pâques
il fait beau, froid mais beau
elle est allongée sur ce lit dans le salon
et elle me demande
si j'ai eu une enfance heureuse
...

je ne pense pas à mon enfance
je n'ai plus le temps d'y réfléchir
je n'ai plus le temps d'en discuter
on n'a plus le temps...
je ne pense à plus rien

et pendant que je lui dis "oui"
elle ne me regarde déjà plus

 

Le 10 avril 2004
le samedi de Pâques
elle décède à sept heures du soir.

Posté par cbatave à 17:18 - Je me souviens... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1